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La modalité des annonces d’adoption varie grandement d’une association à l’autre ;

▫️ « Fiches » d’adoption au modèle unique qui comptent une photo, deux ou trois traits de caractères, et les informations médicales et sociales de base (état de santé, entente congénères…),

▫️ Description courte et plutôt générique (le chat aime plus ou moins jouer, plus ou moins faire des câlins) accompagné d’une photo,

▫️ Prédominance de photos avec description plus ou moins longue, …

Format de l’annonce, nom de l’animal, qualité des photos… En vérité, ces caractéristiques influent peu sur le choix d’adoption et ce que révèle la recherche c’est que c’est en fait le choix narratif de l’annonce qui crée le plus grand écart dans la durée d’accueil d’un animal, selon qu’elle soit rédigée à la première ou à la troisième personne du singulier.1

Les annonces rédigées à la première personne ont pour objectif d’attendrir les lecteur·ices et provoquer une réaction empathique censée déclencher l’envie d’adopter l’animal. Le vocabulaire familier et le champ lexical de l’attachement ont tendance à y être surreprésentés (« Coucou, moi c’est Simba, je suis un chaton très mignon […] et j’aimerais beaucoup que vous m’adoptiez pour que je vous tienne compagnie toute la vie »).
Pourtant, statistiquement, c’est contre-productif : les adoptant·es déclarent que le langage analytique inspire davantage confiance que des mots humanisants, qui selon eux semblent cacher quelque chose.2

Les résultats des recherches publiées sur le sujet révèlent que les annonces les plus détaillées et rédigées à la troisième personne garantissent une durée d’accueil plus courte que les annonces formulées à la première personne.
La différence dans la durée d’accueil est telle que les chercheur·euses conseillent directement de ne rédiger que des annonces descriptives à la troisième personne.3

⚠️ Un texte à la première personne joue la carte du mignon et infantilise les adoptant·es en faisant parler un chat qui n’en a pourtant pas la capacité. Symboliquement, cela frôle la déresponsabilisation.4 Une annonce d’adoption ne vise pas à promouvoir une réaction émotionnelle impulsive causée par l’attendrissement, mais bien une décision réfléchie qui perdurera toute la vie de l’animal.

Une annonce d’adoption ne peut pas être traitée comme une technique de vente visant l’achat compulsif.5 L’espérance de vie du chat domestique étant de vingt ans, elle chute pour ne devenir que deux à cinq ans pour les chats abandonnés à l’errance.

✅ Un texte à la troisième personne rétablit le biais anthropocentré de sa narration. Les personnes sérieuses et motivées sont davantage convaincues par des descriptions factuelles et transparentes.6

Le chat a son propre langage, différent de la parole humaine, et travailler à la distinction des comportements félins des comportements humains est un choix avisé, en particulier pour une association de protection animale.
« Les humains projettent sur le chat […] leurs propres pensées. Ils ont des chats non pas pour satisfaire les besoins de l’animal, mais pour assouvir les leurs. »7 Au travers de la narration de ses annonces d’adoption, une association peut choisir de s’engouffrer dans cette brèche, ou au contraire choisir de lutter contre l’anthropocentrisme et le consumérisme des potentiel·les adoptant·es.

💡 En plus d’être plus pertinente pour réduire le temps d’accueil d’un animal, une description analytique du chat permet de souligner qu’il a sa personnalité et ses expériences propres,8 rappel essentiel quand l’on sait que de nombreuses personnes pensent connaître tous les chats parce qu’elles en ont connu un, niant l’individualité des êtres vivants en dehors de l’espèce humaine.9


  1. Les chats de moins d’un an étant exclus de cette statistique, puisqu’ils sont systématiquement adoptés plus rapidement que les chats adultes ou seniors de type européen, The Effect of Name and Narrative Voice in Online Adoption Profiles on the Length of Stay of Sheltered Cats in the UK ↩︎

  2. « Humanizing details – stating the pet is a “sweetheart” and will be a lifelong “companion” – might signal that the agency is hiding vital health details about the pet », Writing better pet adoption ads could prevent euthanasia ↩︎

  3. Ibid. ; « Shelters should consider writing adoption descriptions in the third person to minimise LOS » ↩︎

  4. Peer to Peer Lending: The Relationship Between Language Features, Trustworthiness, and Persuasion Success ↩︎

  5. La loi a instauré un délai de réflexion de 7 jours avant l’adoption de tout animal pour prévenir les adoptions compulsives. Cependant elle peut être contournée, notamment dans le cas des refuges, en antédatant un certificat d’engagement imprimé. ↩︎

  6. Ibid. ; « Motivated people, who are in a position to think carefully about a decision, are more likely to be persuaded by factual, less emotional adverts, while people who are less motivated and less in a position to process a message are more likely to use simple recognition or heuristics to make a judgment » ↩︎

  7. Villemus, P. Introduction : pourquoi le chat ? Fous de chats ! Enquête sur une passion française. ↩︎

  8. Détails qui renforcent la probabilité d’une adoption rapide. Ibid. ; « Detailing objective descriptions about an animal’s actions and experiences, corresponded to a shorter LOS » ↩︎

  9. Kaoutar Harchi, Ainsi l’animal et nous↩︎